de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
A vos marques, prêts, partez pour la course la plus bête du monde!

A vos marques, prêts, partez pour la course la plus bête du monde!

N’était son but solidaire et humanitaire (1), Vertigo pourrait bien être la course la plus bête du monde. Un sommet du genre… la verticale des fous pour les initiés. Un défi sportif organisé dans la plus haute des tours de la Défense, la bien nommée First, enfin plutôt dans sa cage d’escalier, étroite et aveugle.La plus folle montée des marches, à fond et jusqu’en haut.

Car il s’agit de sauter, une à une ou deux par deux, comme on peut, le plus vite possible, en solo ou en relais, les 954 marches qui mènent du rez-de-chaussée au sommet de cet immeuble de 230 mètres. La première édition a eu lieu le 31 avril 2013, la prochaine se tiendra le 16 mai. Et la tour pourrait à terme rejoindre le circuit mondial du « skyrunning », des défis de bas en haut de quelques unes des plus hautes tours du monde.

« Dépassement de soi », « gros effort », du « solide », la course est réputée difficile. les coureurs n’ont plus guère le souffle de commenter leurs efforts à l’arrivée mais on les croit sur parole. « Le rythme cardiaque monte très vite », « On se tient à la rampe », « Les muscles sont tétanisés, les genoux n’obéissent plus », « On est comme asphyxié, on cherche l’air mais il y en a peu dans cet espace confiné… », halète un grimpeur tout pâle. L’avantage, c’est que l’effort, violent, est de courte durée.  Les champions montent les 48 étages en moins de 7 minutes. Car l’horizon des concurrents est un peu bouché. Devant eux, les mollets transpirants de leurs prédécesseurs, derrière le brouhaha d’une bousculade plus ou moins maîtrisée et le risque d’une poussée. Au-dessus un plafond -et ceux des cages d’escaliers, peu fréquentées, ne sont pas les mieux finis-, au sol des marches de béton. Une rampe et des murs éclairés par des minuteries qui pour l’occasion sont réglées sur longue période. Voilà pour le panorama de ce parcours, dont l’intérêt ne réside que dans la gaine verticale que propose, par nature, un gratte-ciel. Pas de fenêtre, pas de vue, pas de paysage, même pas l’idée de relier deux endroits puisqu’il faut, une fois arrivé au 7ème ciel, au 50ème étage, redescendre  pour se restaurer et se reposer. Les relayeurs ne voient même pas le jour, une fois leur mission accomplie au bout de 12 étages, ils redescendent. Avaler les 954 marches, voilà le but.

Le skyrunning inventé dans les années 90 n’avait pas vocation à s’enfermer. Ces courses extrêmes se déroulent au contraire au sommet des montagnes. Si la difficulté tient à l’altitude, au moins 2000 mètres, et au dénivelé , au moins 30% de pente, les concurrents, profitent au moins de l’air, raréfié mais plus pur, de paysages inconnus normalement réservés aux oiseaux ou aux bouquetins, du plaisir très égoïste mais si agréable de se trouver là où les autres n’iront jamais, qui récompense l’effort et soulage la douleur physique.

Oui mais, me direz-vous, les sommets en ville… se trouvent justement en haut des tours. Certes. Mais d’aucuns ont tout de même inventé des sports urbains plus intelligents et plus spectaculaires. Y compris sur, ou entre, les buildings, mais à l’extérieur. Ne parlons pas d’exploits individuels, mais de courses: toutes les grandes villes ont désormais leur marathon, notamment parce que ces manifestations réunissent un public incasable dans une cage d’escalier. Au moins permettent-t-elles de lever les yeux sur un paysage.

Si l’inscription à Vertigo -présentée d’ailleurs comme une course gratuite- a l’air moins coûteuse que ces grandes transhumances devenues un poste de recettes pour les municipalités, il faut y regarder de plus près: un euro par marche pour les entreprises ça n’a l’air de rien, sauf que le chèque atteint presque 1000. Les particuliers sont priés de « crowdfunder » au moins 200 euros auprès de leurs fans et ne peuvent participer qu’après avoir versé 48 euros par personne. Au temps passé, la course revient finalement beaucoup plus cher qu’un marathon… Reste le grand ami des sportifs, le défi. Et pas si anecdotique, la publicité que s’offrent les propriétaires de ces grands objets architecturaux, qui peuvent pour une fois changer d’auditoire. La course de 2013 avait réuni 700 coureurs. Cette année, le nombre de catégories a augmenté. L’événement doit durer de 18h à minuit. Combien de marches au fait?

(1) Grâce à cette course verticale, les programmes éducatifs de Sport Sans Frontières seront déployés dans 1 200 écoles & centres d’accueil. En France, au Burundi, au Kosovo & en Haïti, 30 000 bénéficiaires profiteront des initiatives, comme le programme Playdagogie, qui place au cœur de séances de sport les thématiques de nutrition, de vivre ensemble, handicap, environnement…

©Vincent Isore/IP3 press; Paris, France le 31 Mai 2013 –

 

 

 

 

 

 

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commentaires

2 Réponses pour A vos marques, prêts, partez pour la course la plus bête du monde!

Polémikoeur. dit: 30 mars 2014 à 10 h 24 min

Et ce n’est même pas un poisson d’avril, nous vivons une époque formidable ! Mais, après tout, pourquoi pas ? Au moins, cette « performance » n’est pas des plus polluantes. Elle manque toutefois de fantaisie, monter à reculons aurait été le minimum, les yeux bandés (dommage pour le panorama !) ou avec des oreilles de Mickey rotatives branchées sur des chargeurs de smartphones : l’organisateur, car il doit bien y en avoir un pour une telle occasion, manque là d’une part importante de démesure. Tant pis ! En tout cas, plus archi que tecture, non ?

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