de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Un incubateur dans le 13ème, le numérique réveille même le béton

Un incubateur dans le 13ème, le numérique réveille même le béton

Ce sera dans le 13ème arrondissement et cela ne ressemblera à rien de connu… Un incubateur pour 1000 start-ups, le plus grand du monde dit-on déjà,  installé sous une halle construite en 1927, inexploitée ou quasi depuis 2006. Longtemps, cette construction due à Eugène Freyssinet fut traversée par des trains de marchandises stoppés avant la gare d’Austerlitz. Le béton de ce célèbre ingénieur impressionne plus les architectes que les passants: pourtant la halle était plus qu’audacieuse lorsqu’elle fut construite et les portées de ses poutres, inédites.

Contrairement à la halle du marché couvert de Nicolas Esquillan à Fontainebleau , broyée, lundi dernier, par les bulldozzers, celle-ci ne risquait plus rien. Après avoir été menacée de démolition, étudiée dans le cadre d’un concours international pour le Tribunal de Grande Instance de Paris, à nouveau en passe d’être rasée, le bâtiment de béton est classé monument historique depuis 2012.  Mais ce vide…  Cette protection au présent ne lui assurait aucun avenir. Que faire de ce rectangle de 310 mètres sur 56? Des fêtes? Des salons? C’était le but de Jaulin, un organisateur d’évènements titulaire d’une concession accordée pour 5 ans par le propriétaire, la Sernam. Après quelques défilés de la Fashion Week et quelques séminaires d’entreprises, il va devoir rendre les clefs.

Car la ville de Paris a trouvé mieux. un projet ficelé, livré sur un plateau et surtout… financé. Un lieu d’accueil pour 1000 jeunes pousses numériques, couvées par un entrepreneur qui s’y connaît un peu, Xavier Niel apporteur de la solution miracle et des 150 millions nécessaires à son financement. la moitié servira à acheter le terrain, l’autre à payer les travaux. Le fondateur de Free a quelques réseaux et sait à qui s’adresser: son projet a séduit Fleur Pellerin, la ministre de l’économie numérique et Jean-Pierre Jouyet le président de la Caisse des dépôts et consignations. Il participera à l’investissement à hauteur de 10% comme « symbole de la présence de la puissance publique » et pour la même part à la société qui exploitera les lieux.

La ville de Paris s’en tire bien: avant même de devenir propriétaire des lieux rachetés à la Sernam pour 70 millions d’euros, elle a trouvé un acquéreur pour le bâtiment qui occupe une bonne partie de la parcelle, au même prix. Sans rien débourser, elle récupère donc au passage  un morceau de terrain sur lequel seront construits 270 logements. Rien à dire, c’est bien joué.

Qui irait se plaindre en effet de ce montage « gagnant-gagnant » comme le décrit Anne Hidalgo, qui parle déjà en maire lorsqu’elle dessine l’avenir? Personne ne critique le projet: des loyers bon marché, pour des entreprises naissantes. Des services administratifs installés au même endroit, pour leur simplifier les démarches et non pour les étouffer dans l’oeuf sous des monceaux de paperasses; un lieu agréable, vibrant jour et nuit,  où se croiseront les chercheurs et les entrepreneurs de demain, venus du monde entier; un lieu de créativité placé sous les yeux bienveillants et vigilants de  deux business angels, l’un privé, l’autre public, attentifs aux premiers pas d’un Google ou d’un Facebook de demain; un lieu animateur connecté à la grand bibliothèque, à l’université paris VII, à un quartier né il y a vingt ans qui fait aujourd’hui la nique à La Défense. Bref un lieu à l’avant garde

Qui se plaindrait alors, sinon les grincheux? Comment qualifier autrement, en effet, ces curieux qui se demandent pourquoi c’est Jean-Michel Wilmotte, pas exactement représentatif  de l’avant garde architecturale qui, sans consultation, a gagné le droit de concevoir cet aménagement à 70 millions d’euros? « Parce que l’argent privé permet de ne pas faire de concours qui nous aurait fait perdre un an, répond le maître d’ouvrage Xavier Niel sans aucun embarras. Parce qu’il sait ce que je veux, et que je connais son travail« . Privé, l’argent des promoteurs qui interviennent partout dans la capitale l’est aussi. Ce qui n’empêche pas la ville de leur imposer des concours et ses listes d’architectes, pour concevoir des programmes de logements et de bureaux sur des terrains vendus au plus offrant. « C’était ça ou rien et nous n’avions pas le choix » dit une source proche du cabinet de la première adjointe.

L’urbanisme doit-il être pragmatique? Ses acteurs capable de saisir une opportunité lorsqu’elle se présente alors que les projets traînent souvent en longueur faute de financement? Sans doute mais que valent alors les principes? Que vaut une pratique de conception en commun, d’ateliers, de réflexions collectives sur la qualité urbaine et architecturale qu’Anne Hidalgo brandit depuis quelques années comme une marque de fabrique?

 

Cette entrée a été publiée dans Nouveaux bâtiments, Ouvertures de nouveaux lieux.

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commentaire

Une Réponse pour Un incubateur dans le 13ème, le numérique réveille même le béton

Polémikoeur. dit: 30 septembre 2013 à 11 h 04 min

Architecture, urbanisme, immo-bizness ?
Grand Palais, Cnit, Freyssinet ?
Cathédrale horizontale, corderie insolite, hangar ?
Pas mal d’interrogations et de constats autour
de l’affectation, désaffection, réaménagement
de lieux assez singuliers pour être défendus
sans toutefois être enracinés profondément
dans l’Histoire ni imposés par un usage
aussi évident qu’indispensable.
Une halle par où sont passés
tant de nos « rosebud » encolisés
gagne un sursis aussi « improbable »
que l’irruption en son sein
d’une masse critique
de technologie
brute à décoffrer ?
Bonne nouvelle chance à toi,
chère et vieille malle-poste !
Sernamicalement.

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