de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
The Shard, l’autre tour de Londres

The Shard, l’autre tour de Londres

 

 

 

A tous les Parisiens qui ne veulent pas de tours; à tous les écolos qui roulent en 4×4, habitent des maisons individuelles et n’en sont pas à une contradiction près, en refusant de laisser crever le plafond parisien au risque de tuer Paris à petit feu en le muséifiant; à tous les ennemis de la tour Montparnasse qui ont décidé que celle-ci résumait toutes les autres; aux élus de droite qui pour faire la nique à Delanoë prônent l’architecture rase-motte; bref à tous les grognons qui ne jurent que par le pavé luisant et l’horizon à six étages du Paris d’Amélie Poulain, à tous ceux-là je n’ai qu’un mot à dire. De grâce, sautez dans l’Eurostar et allez faire un tour à Londres.

Arrivés à la gare de Saint-Pancras, direction London Bridge, c’est direct en métro. De là, facile, la signalétique touristique de la capitale anglaise est bien faite. Elle flèche « The Shard », un bâtiment certes privé, mais qui fait beaucoup pour la ville. L’entrée touristique de la tour, celle qui permet de monter en deux fois trente secondes au 68ème étage est située, (c’est pensé), juste à la sortie du Tube. Certes il faut réserver, certes c’est hors de prix (de 20 à 25 Livres), certes il faut à moitié se déshabiller pour passer les contrôles de sécurité, comme à l’aéroport, certes on a l’impression d’entrer dans un parc d’attractions, certes il faut passer par la case photo (vendue à la sortie)  certes, certes certes… MAIS… si vous avez la chance d’éviter la pluie et les nuages, ce qui  revient à  ajouter un « certes, il fait souvent mauvais et nuit très tôt en hiver à Londres », décollez!… La ville à vos pieds transformée en maquette et les bateaux de la Tamise en jouets pour le bain, ça marche à tous les coups et à tous les âges. Regarde en bas le mini train électrique, la maison là-bas, mais non enfin c’est là-bas, la tour dans laquelle ton papa trader travaille, et tout au fond le stade, et ici et au loin…. A quelques 280 mètres de hauteur, Londres s’étale à 360°. Et à Londres, comme ailleurs, c’est magique.

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A cette hauteur, pas question de marcher à l’air libre, la forme de la tour, d’ailleurs, ne permet pas à un observatoire horizontal de venir casser ses façades lisses qui montent jusqu’à ses antennes à 310 mètres. C’est donc depuis l’intérieur qu’on admire la vue, « the view from the shard« . Au chaud au 68 ème étage, au frais au 72ème, car à ce niveau les arêtes de l’étrange volume d’une pyramide irrégulière ne sont plus fermées. De quoi d’ailleurs se régaler d’une magnifique structure en regardant vers le haut. Le critique d’architecture du Financial Times décrit assez bien l’objet : «Comme son architecte, le Shard est grand, fin, élégamment paré, un peu gris…  mais bien connecté« … Car tout en dessous, grouillent une gare et ses  300.000 visiteurs, passagers, passants… qui transitent là chaque jour sans se douter des tonnes qui pèsent sur leurs têtes.

 

La tour dessinée par l’architecte italien Renzo Piano abrite 60.000 mètres carrés de bureaux loués pour une partie à la télévision Al Jazeera. On n’est jamais mieux servi… puisque les investisseurs de ce monument sont majoritairement qatariens. Sans eux, le projet serait mort en 2008. A Partir du 35ème étage ouvriront en février les 205 chambres de l’hôtel Shangri-la. Et encore un peu plus haut, réservés à quelques very happy few, 15 appartements mis en vente au prix astronomique de 60 à 80.000 euros le mètre carré qui pourraient même s’envoler aux enchères….

Heureusement, le pékin comme vous et moi pourra se croire au-dessus de tout cela en marchant sur la tête de ces millionnaires. Et même s’asseoir le temps qu’il voudra, seul au monde pour admirer le paysage ou s’il est vraiment très en colère, pisser sur la ville:  les toilettres, celles des filles en tout cas, sont installées en façade!  Au sommet aussi trois restaurants et un bar.  Enfin pas tout à fait, il reste au-dessus une quinzaine d’étages qui ne servent qu’à atteindre l’antenne et à donner à ce bâtiment cette forme si particulière de cathédrale gothico-moderne, une « lance gracieuse flirtant avec la météo« , dit Renzo Piano.  Elle ne dépare pas dans le ciel de Londres.  Autre argument à opposer aux anti: loin de défigurer la Skyline, the Shard joue avec. Plantée en face de la City, elle lui fait un peu d’ombre certes, mais son arrivée coïncide aussi avec la reprise des marchés financiers et immobiliers, alors…  Depuis l’autre grand site emblématique de Londres, autour du Parlement, du Palais de Buckingham et de Big Ben, The Shard ne risque pas de froisser quiconque, on ne l’aperçoit même pas.

IMG_1521Cette tour , semble en tout cas donner raison aux élus qui rêvent d’un peu plus de piquant pour leur ville. A Ceux qui voudraient bien dresser une tête pour sortir du lot. Raison aussi aux investisseurs qui décident d’en réserver le sommet au public prêt à payer pour aller voir, de jour comme de nuit. Non que les Qatariens propriétaire comptent rentrer dans leurs frais: lors de l’inauguration, Abdullah bin Saud al-Thani, le gouverneur de la Banque centrale du Qatar a avoué qu’il ne savait pas quand ses 1,5 milliards seraient amortis… Cherchons bien… Non. A La Défense, aucun gratte-ciel n’est pensé ainsi, faute de moyens à la hauteur peut-être. Au contraire, les rares sommets bien aménagés sont réservés aux patrons ou à leurs suites, aux invités de marque.

Londres avait-elle besoin d’un monument de plus? Les touristes ont l’air de dire que oui, puisque le site de réservation ne désemplit pas. Une fois descendus, ils sont si ravis qu’ils ne s’offusquent pas d’être naturellement dirigés vers la boutique. Beaucoup s’y arrêtent pour dépenser quelques Livres de plus en dérivés du Shard, les photos qu’ils n’ont pas su prendre ou le mug qui leur rappellera ce moment hors du temps, à l’heure du thé.

 

 

 

 

 

Cette entrée a été publiée dans Nouveaux bâtiments, Ouvertures de nouveaux lieux, Visites.

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commentaires

5 Réponses pour The Shard, l’autre tour de Londres

Polémikoeur. dit: 16 janvier 2014 à 7 h 53 min

A part une nouvelle attraction pour Gogoland,
à part satisfaire l’ego de quelques-uns,
architecte et autres coupeurs de ruban,
à part la tendance bizness chic,
à part la carte postale « skyline »,
à part le coup de prestige du promoteur,
quel intérêt et pour combien de temps
en prennent les voisins en nuisances ?
Encore bluffés par ce jeu de construction
pour mégalo irresponsables ?

des journées entières dans les arbres dit: 28 janvier 2014 à 7 h 33 min

Polémikoeur, mais où est donc passée votre poésie; il faut prendre de la hauteur, m’enfin !
« lance gracieuse fleurtant avec la météo », c’est sublime.

des journées entières dans les arbres dit: 28 janvier 2014 à 7 h 45 min

Les dieux ont changé, Polé; C’est le dieu money qui est célébré in London, avec « éclat ».
Renzo Piano y a mis tout son talent.

TKT dit: 3 février 2014 à 22 h 29 min

Merci pour cette « note », Londres avec Francfort, sont les deux seules ville, en Europe, où l’on n’a pas peur de construire des skyscrappers. Il reste quand même à Paris, La Défense, qui quand on prend le temps de s’y promener, montre que les skyscrappers, sont beaux. Londres ose construire haut, projetant vers le ciel, ces sculptures qui ont aussi un usage pratique.
Paris intra-muros reste pour moi, la plus belle ville du monde, puis vient Venise. Mais Venise est-elle une ville ?

lapinot dit: 28 février 2016 à 21 h 07 min

Paris et Londres ont en tout cas un point commun … ce sont les 2 villes les plus chères d’Europe et elles sont invivables pour les classes moyennes.
Alors l’audace architecturale bof, à quoi bon si c’est juste pour les touristes et les magnats du pétrole

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