de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Previously on «Réinventer Paris»… A suivre.

Previously on «Réinventer Paris»… A suivre.

Ce qu’il y a de bien avec les feuilletons, c’est qu’ils durent. Et celui de Réinventer Paris nous tient en haleine depuis déjà 15 mois. Il y a tout dans cette série: du suspens, des gagnants triomphants, des perdants amers, de gros enjeux financiers, des alliances et des combats politiques, des stars et des «même pas connus», des règlements de comptes par médias interposés depuis quelques jours et de belles images exposées au Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 8 mai. Le Canard Enchaîné suggère même un peu de collusion, voire plus, mais c’est son rôle et ainsi va la vie: au sommet des affaires et de la politique, il devient difficile de séparer amitiés et intérêts.
Pour l’instant, c’est à la Ville que l’opération rapporte le plus et à maints égards. Innombrables échos dans la presse nationale (mais pas internationale), 560 millions d’euros à récupérer de la vente de terrains, soit plus d’une année de ventes immobilières, la prise en charge par des groupements privés de gros travaux de couverture du périphérique, et l’occasion de se débarrasser pour un bon prix, de petits sites enclavés et invendables via des consultations classiques. Le tout n’aura pas coûté grand chose à la collectivité, sinon du temps. La ville n’a pas formellement organisé de concours, ni donc rémunéré les équipes.  La direction de l’urbanisme et la société Algoé ont passé des heures à minutieusement étudier les quelque 400 premiers dossiers, puis ceux des 75 finalistes, mais après tout c’est leur boulot…
Réinventer Paris restera dans les annales, loué comme un génial coup de com, applaudi par les gagnants, vomi par les perdants immédiatement suspectés d’aigreur. Et voilà donc la capitale dotée de 22 projets «innovants», aux formes organico-contemporaines, tous verts et fleuris, boursouflés de jeunes pousses à l’intérieur comme à l’extérieur et remplis de nouveaux concepts détaillés dans les dossiers de présentation dans un vocabulaire atterrant digne des «éléments de langages» des discours politiques. Il s’agit de faire se rencontrer les gens, de favoriser le vivre-ensemble et les circuits courts, d’habiter des jardins… Dans ces immeubles on co-travaillera, co-habitera, co-produira, co-consommera, co-conduira et tout un tas d’autres mots en co, on échangera des calories et des surfaces et peut-être plus… Les projets laissent entrevoir une vie partagée -de gré ou de force- où tous et tout seront logés à la même enseigne, car il est aussi beaucoup question de commerce. En revanche, seuls 12 projets sur 22 intègrent des logements neufs dont la capitale manque tant, avec 675 nouveaux logements sociaux sur 1341 appartements à construire.

diapo-reinventer-paris-architecture-4_5509531Dans le 15ème, les anciens anciens bains douches transformés en co-loc (red architecte)

diapo-reinventer-paris-architecture-2_5509507Paris Rive Gauche, des algues sur les murs, X-TU avec Marignan et SNI

A l’injonction d’innovation à tous les étages, les candidats ont répondu en co-chant toutes les cases produisant de grands fourre-tout dont personne ne sait aujourd’hui s’ils seront capables de respecter leurs engagements techniques et financiers ou même de promouvoir, dans la vraie vie, les usages promis lors du concours. Faut-il une forêt de 1000 arbres, privée, à 200 mètres du bois de Boulogne? Faut-il des écoles de cuisine à tous les coins de rue? Un toit peut-il suffire à faire vivre une ferme urbaine? Un laboratoire de Philanthropie peut-il trouver un modèle viable? Un espace accueillant gratuitement du public peut-il être géré par un opérateur privé, comment y trouvera-t-il son compte?  Malgré la finesse de ses analyses, la société Algoé chargée pour la ville d’étudier les dossiers ne pouvait, sans renier la nature même de la compétition, écarter toutes les nouvelles propositions faute d’expérimentation. Bien plus que financier, puisque la ville encaissera les chèques d’achat des parcelles, le risque porte sur le fond, et la sincérité des lauréats. Beaucoup se sont engagés à réaliser des bâtiments prototypes d’un genre inédit. «Certains ont prévu de payer des amendes plutôt que de respecter leurs promesses d’innovations car ils savent qu’elles sont impossibles à tenir», disent déjà quelques mauvaises langues.
L’autre conséquence de cette expérience va porter sur la nature de la commande publique. Et sa mutation en une relation purement commerciale entre partenaires privés. Une privatisation de la fabrication de la ville, dont la France était jusque là protégée par sa loi sur les marchés publics. La Ville de Paris, d’habitude si attentive à la qualité architecturale, voire autoritaire au point d’imposer aux promoteurs des architectes choisis par elle, a subitement ouvert les vannes. «Débrouillez vous avec vos maîtres d’ouvrage» avait dit Jean-Louis Missika l’adjoint à l’urbanisme, à l’innovation et au développement économique lors de la première présentation de l’appel à projets, en novembre 2014. Les grands promoteurs affirment avoir payé les architectes qui ont travaillé pour eux. De fait, pour bouger les stars comme Koolhaas, Fujimoto, Perrault, Ferrier,… il faut sortir son chéquier. Bon nombre d’agences ont jeté l’éponge en cours de route, devant les dépenses en temps et en argent imposées par des projets si aléatoires. Des centaines d’autres petites mains auraient oeuvré gratuitement, se nourrissant d’espoir de victoire et de notoriété. Le modèle, s’il fait école, effraie une profession déjà exsangue dont une partie des revenus provient de la participation aux concours organisés par les collectivités ou l’Etat. Il interroge aussi sur la position de l’architecte, au moins dans les marchés de commande publique. Traditionnellement aux côtés du maître d’ouvrage  et censé défendre les intérêts de la collectivité, il devient prestataire d’un promoteur… Le risque est d’autant plus grand que les collectivités sans le sou auront de plus en plus recours aux entreprises privées trop contentes de voler à leur secours, en imposant leur manière de faire. L’idée de Réinventer la Seine de Paris au Havre est déjà lancée.Rendez vous le 14 mars à Rouen…

Pendant ce temps au Sénat… est dépecée la loi sur la création architecturale. Au sujet du «permis de faire», imaginé pour soutenir l’expérimentation dans la construction publique en dérogeant à certaines réglementations, la sénatrice UDI co-rapporteure du projet de loi Françoise Ferat  , se dit «troublée» : «sur quels critères et dans quels cadres ces exceptions seront-elles permises? Les innovations prévues doivent être mieux explicitées et en attendant, ne prenons pas le risque de laisser faire n’importer quoi!». Voilà de quoi étouffer toute envie d’innover. C’est un reproche que personne ne pourra faire à la ville. La série n’est pas finie. Et les saisons suivantes nous diront quels immeubles fleurissent, quels terrains restent en jachère… Il y en a au moins pour 10 ans. Mais l’appel à idées aura eu l’avantage de souffler un grand vent de fraicheur et de bousculer bon nombre d’habitudes. Balayée en particulier l’impossibilité, en France de construire des immeubles mixtes…. Comme le mélange des usages publics et privés (au moins en théorie), comme l’utilisation de certains matériaux… La saison 3 promet sûrement quelques rebondissements. Et si les scénaristes sèchent, on les remplacera…

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commentaires

11 Réponses pour Previously on «Réinventer Paris»… A suivre.

Polémikoeur. dit: 12 février 2016 à 11 h 22 min

En conclusion : essor ou foutoir ?
L’architecte est-il(elle) d’abord
la garantie de la qualité du bâtit
ou la fantaisie artistique d’un décor ?
Un pouvoir public laissant filer
son autorité dans un marché
jamais rassasié, le tout
cimenté par des mercenaires
mégalomanes : aux petits soins
des citadins !
L’accessoire du futur : le casque de chantier.

Super-puissant dit: 18 février 2016 à 10 h 07 min

L’architecte a besoin de liberté.
La profession est aujourd’hui étouffée, tuée à petit feu. Absolument impossible pour un architecte lambda m^me talentueux d’avoir accès à la commande, tout est « archi » verrouillé (intérêts politiques, copinage, politiquement correct, hégémonie des grosses agences).
Bon sang quelle tristesse…

Polémikoeur. dit: 23 février 2016 à 12 h 37 min

Liberté ? Tout le monde en veut, toujours plus,
souvent sans payer le moindre prix en retour !
« Non solum », ce dernier, sonnant et trébuchant
mais aussi d’éthique et technique.
Aucun paradoxe à mêler commande et liberté ?
Et commencer par s’écarter du modèle pyramidal ?
Laborieusement.

JC..... dit: 5 mars 2016 à 18 h 41 min

Né d’un père merveilleux et d’une mère admirable, extraordinairement curieux de tout il m’est impossible d’être inculte !

Par respect pour le vivre-ensemble, je prends volontiers la défense des simples, des petits, des malheureux qui ont raté leur CAP…

Ce que les boboïdes ne pardonnent pas !

JC..... dit: 6 mars 2016 à 12 h 44 min

Catherine,

Vous me semblez ne pas avoir le temps, le goût, l’envie, de conduire votre blog Architecture vers les sommets de type Littérature ou Cinéma.

Faites appel à la sous-traitance !

Installés à l’Institut Bartabacs de Porquerolles, mondialement connu, nos services développent le commentarium des blogs les plus désertiques…

Soyez raisonnable : nos prix sont les plus bas du marché. Ne finissez pas comme le JAZZ, n’agonisez pas comme l’ART …. faites nous confiance ! Bien à vous !

JC..... dit: 20 mars 2016 à 14 h 13 min

Ce fumier de Georges Kiossef, un homme du peuple probablement mal dégrossi, m’a prié d’aller me faire « enculer », insultant ainsi le contradicteur que je suis, moi qui connaît le jazz aussi bien que lui.

Quel infect personnage ! Quelle grossièreté … la culture cache mais n’ote pas l’odeur !

Ignorant tout de mes orientations sexuelles me portant plutôt vers nos sœurs féminines les plus tendres, son vœu restera pieu, vulgaire, imbécile… Si vous croisez ce crétin, Catherine, pouvez vous organiser un duel ? au saxophone ? au tromblon ? à l’aiguille à tricoter ?…..

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