de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Mais où sont donc passés ces 220.000 logements?

Mais où sont donc passés ces 220.000 logements?

Ça ne passe pas tout à fait inaperçu un logement… Un appartement, une maison, même un petit, c’est du lourd, sonnant et trébuchant, en béton et en euros. Pas inaperçu dans le paysage, pas inaperçu dans les carnets de commandes des entreprises, pour le portefeuille des ménages et les comptes de la nation… Et pourtant… Pourtant le ministère du Logement vient d’annoncer en avoir retrouvés (après donc les avoir égarés) 58.000 en 2014, et près de 4 fois plus depuis 2010. Plus de 220.000 habitations ont donc été réalisées, achevées, probablement habitées, jamais comptabilisées. Mais que fait l’Insee? Que font les impôts plutôt doués pourtant pour réclamer taxes d’habitation et taxes foncières au moindre manquement? Que font les collectivités locales chargées de transmettre les autorisation de construire et les déclaration d’ouverture de chantier sans lesquelles ces logements ne peuvent être vendus? Eh bien, on n’en sait rien. Ou plutôt on sait maintenant que la bien nommée perte en ligne se chiffre à 20% de la production. Une paille… Une poutre oui!

Bonne nouvelle, me direz vous… On manquait de logements! En voici de nouveaux. La France n’arrivait pas au chiffre fatidique des 300.000, le voilà dépassé de 58.000. Sauf que ces logements existent bel et bien: si leur comptage fait  augmenter les statistiques, il ne résoud en rien la crise qui touche depuis 2008, au moins, des milliers de ménages incapables d’acheter, à l’étroit sous leur toit, trop riches pour le logements social, trop pauvres pour le parc privé. La correction des chiffres n’inverse pas la courbe: les évolutions constatées depuis des année restent  valables : la construction a bien plongé depuis 2012, mais de 10,7 % au lieu de 14,1 %. Et quelque soit le sens dans lequel on les regarde, les résultats de 2014 sont toujours en baisse.

D’où vient le bug? Les lois de décentralisation ont confié l’instruction des permis de construire aux communes. Chaque maire a, depuis 2005, la haute main sur le droit du sol. Heureusement, sur les 36400 communes du territoire, certaines, trop petites ont jugé raisonnable de confier la tâche à leurs voisines, mieux outillée. N’empêche… Depuis, l’information a du mal à « remonter ».  Et la « zone grise » entre le nombre de permis autorisés et le nombre de  chantiers réellement lancés est difficile à évaluer, surtout sur une cadence mensuelle. Une fois le permis obtenu, le promoteur, le bailleur social ou le constructeur de maisons individuelles, doit en effet acheter le terrain, purger les recours éventuels, commencer à vendre les logements qui seront construits, obtenir les garanties nécessaires auprès des banques… Si la conjoncture n’est pas bonne, il arrive que les travaux prennent du retard (un permis était valable 2 ans, désormais 3), ou qu’ils ne commencent jamais. Pour le ministère, la faute revient évidemment aux acteurs de la construction qui « oublieraient » de déclarer ouverts leurs chantiers. Sauf que cette démarche est indispensable pour mettre en vente les logements, assurer le programme et être en règle avec l’inspection du travail, sous peine de sanctions pénales.  Réponse du berger à la bergère: l’absence d’un fonctionnaire peut tout aussi bien expliquer que des informations transmises en mairie meurent au fond d’un tiroir. Difficile de penser que des logements sociaux puissent être « oubliés »: subventionnés, ils sont comptés à l’unité près. Restent les maisons individuelles construites en secteur diffus ou en autoconstruction… Qui croira que 58.000 constructeurs auraient tout bonnement décidé de passer sous les radars?

En 2007, une nouvelle réforme visait à simplifier les procédures. Elle a, en fait, encore amoindri la qualité de la collecte. En 2010, en même temps qu’une réflexion sur la valeur et le sens des statistiques immobilières menée par Bernard Worms, étaient mis en place des pôles régionaux censés mieux centraliser l’information locale. Les premières récoltes datent de 2013, pour des résultats en… 2015, alors même que les professionnels de la construction et les observateurs des comptes du logement avaient de longue date signalé des anomalies : au début des années 2000, la sous estimation des besoins. Depuis, une prise en compte insuffisante du volume construit.

Même s’ils n’inversent pas la tendance, ces nouveaux chiffres vont être utilisés: 2014, année noire vire au gris clair. L’objectif des 500.000 logements se rapproche. Selon le nouveau mode de calcul, il aurait même été quasi atteint en 2006. Mais n’est ce pas désormais 550.000 qu’il faudrait viser? Le manque de logements n’est pas moins criant aujourd’hui qu’avant-hier, avant l’aveu du ministère. Et l’effort pas moins nécessaire pour en construire plus. L’histoire révèle quand même en creux une certaine légèreté dans l’utilisation des indicateurs. Et des doutes sur les nouveaux: le ministère n’a pas l’intention (car pas les moyens) d’affiner la collecte. Il se fondera sur une extrapolation statistique et un nouveau logiciel…

Comme les chiffres du chômage, ceux de la construction clignotent sur une bannière dont les moindres mouvements infléchissent les politiques publiques. Lorsque la marge d’erreur atteint 20%, le doute est permis sur l’efficacité de ces dites politiques. Deuxième constat, à l’heure des smartcities et de l’opendata, l’administration 2.0 n’est visiblement pas au point. Le ministère du Logement était obligé de sortir du bois. A-t-il choisi la fin janvier parce qu’une journaliste du site spécialisé Immoweek a refait les comptes? Ou bien ce coming out était-il déjà prévu? Il ne tombe pas si mal alors que les promoteurs annoncent une légère reprise, que les ménages retrouvent le moral et que fleurissent ici ou là des commentaires sur le redémarrage de la croissance.

Cette entrée a été publiée dans Bavardages.

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commentaires

8 Réponses pour Mais où sont donc passés ces 220.000 logements?

Polémikoeur. dit: 1 mars 2015 à 3 h 44 min

Comment s’appelle l’attraction
où les visiteurs passent
d’un miroir déformant
à un autre, plus loufoque encore ?
Et que dire des sondages,
aux décimales si précises,
quand leurs recettes
sont grossières ?
Et toute cette comédie nous gouverne !
Nous nous laissons gouverner par elle.
Est-ce qu’écrire « avœu » (joli !),
suggère une influence implicite
sur le résultat, le rapprochant
de celui espéré ?
Décorthéâtralement.

JC..... dit: 3 mars 2015 à 7 h 43 min

Restons simples : il faut débaptiser la « Puissance Publique » et la rebaptiser « l’Impuissance Publique ».

Jamais « challengé » par la concurrence, le secteur administratif public a un cul de plomb…

Polémikoeur. dit: 4 mars 2015 à 13 h 33 min

Simples ou simplistes,
marchand camelot
de solutions (il faut…)
trompeuses ?
Plutôt les ronds-de-cuir
que les voleurs à la tire !
Simplettement.

Albores dit: 8 mars 2015 à 8 h 43 min

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Polémikoeur. dit: 8 mars 2015 à 11 h 09 min

Des logements vides, il y en a, plein.
Pas disponibles, pas où la demande est forte
ni adaptés à cette dernière.
N’est-ce pas plutôt sur la tendance accélératrice
à la concentration urbaine monstrueuse
qu’il serait utile de travailler ?
Les villes-champignons démesurées
sont-elles une fatalité ?

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