de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Les cordonniers ne sont pas les plus mal chaussés

Les cordonniers ne sont pas les plus mal chaussés

Quel architecte a envie de construire une école d’architecture? Ce serait s’exposer. Risquer de se retrouver sous le feu des critiques de ses pairs pendant la conception et la construction du projet. Celle des enseignants et des étudiants, experts ou apprentis en tout cas réputés amateurs, après la livraison.  Mais quelle différence au fond? N’est-ce pas la le sort de tout construction? Se soumettre au regard critique, et une fois achevé le rôdage, au verdict imparable de ses utilisateurs quotidien. Certes le discours sera moins emballé, ce qui ne signifie pas moins bien argumenté, s’il vient d’habitants non sachants. Pas de mots techniques ni les bonnes références. Pas de chapelle ou d’école auxquelles rattacher l’immeuble. Mais pour parler simplement de la lumière, des escaliers qui résonnent ou du froid qu’il fait ou de l’esprit chaleureux des lieux, il n’y a pas meilleur juge. Marc Mimram qui vient de livrer l’ENSAS, l’Ecole Nationale supérieure d’architecture de Strasbourg aurait-il fait autrement s’il n’avait pas construit pour ses futures collègues ou concurrents? Il dit avoir répondu simplement au programme d’une école, avec des salles pour des cours et des TD.

Tout de même… Conscient que l’effet boomerang pourrait être violent, l’architecte a tenté d’y associer ses utilisateurs novices, sans grand succès.  Pas plus du côté des enseignants « qui m’ont fait sentir que j’avais volé un projet qu’ils auraient tous fait mieux que moi« . Il a donc conçu, tout seul et comme prévu, un bâtiment fait de volumes de la taille de gros containers, empilés comme en vrac. Cet ordre volumétrique ne doit évidemment rien au hasard : il est dicté par les règles d’alignement, de gabarit et de retrait non pas sur une, mais sur les deux voies, la rue Moll et le boulevard Wilson, qui bordent l’école. Marc Mimram insiste sur cette  porosité à la ville, dans la composition du bâtiment, comme dans les choix formels. Au rez-de-chaussée, le socle sur lequel sont posées les boites est transparent,  la limite invisible entre espaces publics et privés.  Les travaux des étudiants déjà en vitrine, autour de l’atrium central. C’est là, dans ce volume évidé sur quatre niveaux, que bat le coeur de l’école, là que se croisent tous les élèves sortis de cours, en route pour la cafétéria, les amphithéâtres en sous-sol ou les étages. Pourtant,  ces parties communes généreuses sont grises et froides au point d’appeler la comparaison carcérale.  La métaphore de la vitrine est filée et au contraire très  réussie dans les salles de cours, en étage. Dans chacun de ses volumes vitrés sur toute leur hauteur, de grandes baies cadrent des perspectives urbaines. De ce côté, la gare, à quelques pas de l’école, de l’autre la ville ancienne et des modèles – à suivre ou surtout pas – pour les apprentis architectes. « Nous n’avons jamais assez de temps pour regarder passer un tramway, observer l’espace public et comment les gens l’utilisent. Cette vision-là est un bel outil pédagogique », pense l’architecte qui signe par ces grands « tableaux urbains » la spécificité de l’école d’architecture sur un bâtiment plus banal. Le reste de l’enveloppe de verre, structuré par des poutres métalliques, est recouvert à l’extérieur d’un plissé de fine maille d’aluminium, un voilage pare-soleil, réinterprétation pleine d’humour du classique mur rideau ! Fondue dans les gris, le jour, la structure réapparaît, la nuit, éclairée de l’intérieur.

Les étudiants n’ont eu qu’à traverser la rue pour investir les 8.000 mètres carrés neufs dans cette « Fabrique » construite à la place d’une usine sur une parcelle appartenant à l’Etat. Ils occupaient un garage des années 1950, juste en face, transformé en 1987 par les architectes Clapot et Moretti. L’immeuble sera à son tour rénové par Marc Mimram et les deux bâtiments reliés par une passerelle, la spécialité de l’architecte, qui a dessiné celle de Solferino à Paris et celle des Deux Rives à Strasbourg. Ex-étudiant, enseignant, Marc Mimram se devait de prendre en compte les « charrettes », passage obligé et souvenirs à jamais gravés de ces années d’études. Il a donc prévu dans les salles un casier pour que chaque étudiant puisse laisser ses affaires en quittant l’école très tard le soir. Le directeur, Philippe Bach, lui, a prévu d’allonger les amplitudes horaires.

Cette entrée a été publiée dans Nouveaux bâtiments.

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commentaire

Une Réponse pour Les cordonniers ne sont pas les plus mal chaussés

Polémikoeur. dit: 29 octobre 2013 à 12 h 41 min

Le dieu de la brique et de la truelle
fasse que les architectes inspirés
cantonnent leur art à commettre
des écoles à eux réservées
et non des bâtiments
qu’ils n’habitent
presque jamais !
Plus précisément, que « l’audace » architecturale
soit le moins possible déconnectée
de l’entretien à venir et de la fonctionnalité de ce qui sort de terre !
Responsabilité partagée donc avec les aménageurs
et les urbanistes.
Gare aux mégalos et aux spéculateurs fonciers !

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