de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
L’architecture iconique est-elle soluble dans le quotidien?

L’architecture iconique est-elle soluble dans le quotidien?

Rudy Ricciotti a-t-il déclenché la recherche sur le Ductal, le béton à haute performance de Lafarge, ou bien l’industriel a-t-il permis à l’architecte de s’exprimer en dessinant les résilles du Mucem à Marseille et l’enveloppe du stade Jean-Bouin à Paris ? La façade en titane du musée Guggenheim, construit par Frank Gehry à Bilbao, en Espagne, a-t-elle aidé à démocratiser l’utilisation de ce matériau hors de prix ? Les sculptures de Zaha Hadid font-elles avancer la recherche formelle ? Les panneaux de verre de très grande portée fabriqués par Saint-Gobain pour le Louvre-Lens de Sanaa sont-ils reproductibles ailleurs… ?

Bref, les efforts déployés par les industriels au service de grands projets sont-ils solubles dans l’architecture ordinaire ? Sans doute, mais à petites doses, distillées dans le temps.Les spectaculaires façades présentées à la biennale d’architecture de Venise comme témoins des plus belles avancées technologiques cette année sont presque toutes celles de bâtiments au coût rédhibitoire, même lorsqu’elles enveloppent des bâtiments publics. Les mailles de verre de la Fondation Prada à Tokyo conçue par les Suisses Herzog et de Meuron, les immenses panneaux de béton pointillés de miroirs du centre des archives nucléaires de Bure, en Haute-Marne, dessiné par l’agence française Lan, la double façade de la Bourse de Francfort du Belge Jurgen Engels n’habilleront sans doute jamais que des bâtiments à vocation « iconique » pour leur propriétaire ou les villes dans lesquelles ils sont construits. Les architectes partent de l’idée que tout est possible et  défient les ingénieurs et les entreprises de construction de réaliser leur vision.  Souvent traduite de manière formelle parce que c’est son habit le plus spectaculaire,  l’innovation passe aussi par des prouesses invisibles.  D’infrastructures notamment, lorsqu’il s’agit de poser un immeuble au-dessus de voies ferrées en neutralisant bruits et vibrations. D’usage quotidien aussi, dont les Pritzker Prize, ces stars de l’architecture mondiale, se préoccupent peu.

L’une des principales innovations du secteur ne tient donc peut-être ni à des matériaux nouveaux ni à des inventions de laboratoire. Elle viendrait plutôt d’une pensée que beaucoup espèrent commune. Initiée par le Grenelle de l’environnement, cet ensemble de lois et principes fondées sur le développement durable. Cette tendance pointe la construction et le tissu bâti, c’est-à-dire la ville, comme les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre et prône « l’innovation frugale » comme la voie à suivre. Travail collaboratif et interdisciplinaire, anticipation et réflexion sur toute la durée de vie d’un bâtiment, depuis sa conception, pendant son exploitation, jusqu’à sa démolition éventuelle, étaient des concepts plutôt étrangers au secteur. Réfléchir au recyclage, aux économies d’énergie et à la ville durable mène à une vision plus « partageuse », qui n’occupe ni forcément les industriels ni toujours les architectes. Sur ce sujet, les promoteurs, en prise directe avec le financement des bâtiments et parfois leurs utilisateurs, seraient même les plus en pointe.Ainsi la mutabilité des bâtiments, soit une possibilité de connaître plusieurs cycles aux usages variés, est désormais un axe de recherche, tant la durée de vie des immeubles de bureaux ou des commerces a diminué. Comment construire des bâtiments dont l’usage pourra changer à moindres frais et vite ? La mutualisation des espaces est une autre idée neuve : la « chronotopie urbaine », ou la ville pour tous mais pas en même temps, envisage de partager des lieux dont la spécialisation limitait jusqu’alors l’usage à quelques heures par jour. Les parkings, les restaurants d’entreprise, les auditoriums, les cinémas peuvent ainsi connaître une deuxième, voire une troisième vie au service du plus grand nombre.

Cette entrée a été publiée dans Bavardages, Biennales.

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commentaires

3 Réponses pour L’architecture iconique est-elle soluble dans le quotidien?

Polémikoeur. dit: 5 juillet 2014 à 10 h 08 min

Hum, la question de la spécialisation
face à la polyvalence ou la question,
simplement, de la destination ?
Appliquée à la construction !…
Plutôt, par exemple, qu’à un outil
comme le couteau, arme aussi,
pliant (hypocrite ?) ou multi-lames (surdoué ?).
Construction valant ici architecture réalisée.
La petite part de la performance de prestige
du total bâti a-t-elle besoin d’une justification
de type expérimental et précurseur de la série
pour exister ou sa visibilité singulière
est-elle suffisante ?
Quid du rapport entre l’écrin et le bijou
qu’il est censé contenir, voire protéger
tout en le mettant en valeur ?
Beau sujet. Plusieurs chapitres : les tours,
les musées, les ouvrages d’art, d’autres ?

Polémikoeur. dit: 5 juillet 2014 à 10 h 14 min

Un peu intestinal, non, le bâtiment de Seattle ?
Médico-légal même, valant son poids de viscères,
y compris ses plans coupés qui aident à l’inscrire
dans son volume, au risque qu’il paraisse
interrompu, incomplet.

Charla dit: 15 mai 2016 à 1 h 25 min

Ah oui superbe édition bien fournie pour un prix vraiment doux ! D’autres éditeurs devraient s’en ine#irsr&p8230;En plus une réédition très agréable à revoir, avec une bande son qui dépote et un br de bonus comportant une interview de G Clooney riche en anecdotes, en bref c’est le pied !

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