de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
La ville, un bon sujet de campagne…   Les réponses de 3 candidats à l’élection présidentielle.

La ville, un bon sujet de campagne… Les réponses de 3 candidats à l’élection présidentielle.

         «Observez la place du logement et de l’habitat dans les arguments de chacun, ce sont des marqueurs politiques qui ne trompent pas», avait dit la ministre Emmanuelle Cosse, lors de la présentation de ses voeux en janvier, alors que la campagne démarrait à peine. Et l’architecture? Et l’aménagement? Et les villes? Aussi. Dès lors que ces sujets  constituent l’environnement quotidien et le cadre de vie de chacun. Il faut bien tendre l’oreille pour en entendre parler dans les meetings des candidats à l’élection présidentielle. Pourtant, ça et là, les programmes abordent ces questions souvent jugées techniques ou affaires de spécialistes, par le biais des financements ou la fiscalité au lieu de parler d’espaces, de lumières, ou de nouveaux d’horizons. Leur traitement fait logiquement écho aux grandes idées, libérales, sociales ou ni l’une ni l’autre développées dans d’autres secteurs.

      Presqu’administré tant il est soutenu par des aides publiques, le curseur du logement est délicat à manier, son budget aussi qui pèse 40 milliards.  Un peu plus de prêt à taux zéro ou de défiscalisation et le marché repart en trombe, un peu moins, il s’effondre et ce sont les emplois du BTP et toute la chaîne de fabrication qui trinquent. Les recettes sont connues et depuis le temps, n’ont pas produit de miracle. Mais le dernier quinquennat, à travers la loi Alur (Pour l’accès au logement et à un urbanisme rénové) et d’ autres mesures, imposées parfois aux forceps, sur le foncier public, l’aménagement du territoire, la gouvernance des collectivités… n’a pas à rougir de son bilan. L’Ile de France est en chantier, comme le sont de nombreuses grandes métropoles et le chiffre de production des logements construits ou programmés a renoué en 2016 avec les bons scores d’avant la crise. Mieux, la construction est désormais fléchée vers les régions où la demande est la plus forte, les politiques de l’‘habitat prennent parfois le relais de LA politique du logement… Le paquebot est difficile à manoeuvrer, mais il a commencé à tourner. Au milieu de cette industrie, architectes et urbanistes occupent une toute petite place qu’ils devraient peut-être défendre mieux. Ce sont eux qui façonnent le territoire et les villes. Après tout, ce sont eux aussi que les maires ou les présidents vont chercher pour lancer de grands travaux, se forger une image et surtout en laisser une…
Que proposer alors? Tout remettre à plat et supprimer les aides qui soutiennent artificiellement le marché? Aucun n’a osé depuis trente ans. Aucun n’osera cette fois-ci. Donc, comme à chaque élection, chacun enfourche son cheval de bataille, attaque le secteur par le biais qui lui est propre, ce qui lui évite d’avoir à répondre à des questions qu’il n’aborde pas, ou alors vaguement.  La France insoumise veut inscrire le droit au logement dans la constitution et zéro sans abri, les républicains en promettent moins d’Etat et Emmanuel Macron ménage la chèvre, le chou et même le loup: les acteurs privés et les collectivités publiques, tout en promettant de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages. La caricature est poussée à l’extrême sur la question de la qualité architecturale broyée par le système des partenariats publics privés: La France en marche explique qu’ils sont désormais régulés, -Emmanuel Macron y a lui-même veillé lorsqu’il était à Bercy- la France insoumise les supprime sans autre forme de procès et audite les opérations en cours, François Fillon préfère expliquer que si la qualité architecturale est importante, elle doit s’exercer dans les enveloppes financières définies et insiste sur la dérive des grands projets en maîtrise d’ouvrage publique. Prenons le logement social: Jean-Luc Mélenchon prévoit d’en construire 200.000 par an, François Fillon de le vendre à ses locataires, Emmanuel Macron, toujours consensuel, veut le voir comme une étape du parcours résidentiel, en y facilitant l’entrée comme la sortie. Il traite les promoteurs en professionnels avertis et efficaces s’ils savent s’entourer, alors que Jean-Luc Mélenchon les rend responsables de la spéculation et propose partout des chartes pour les encadrer, quand François Fillon ne voit pas de raison d’intervenir dans leurs pratiques sauf, dans les lotissements où la présence d’un architecte au delà de 2500 mètres carrés lui parait raisonnable. Symboliquement enfin, les réalisations que retiennent les trois candidats résument joliment leur compréhension très politiquement prévisible de l’architecture ; Emmanuel Macron aime le musée Soulages à Rodez, un sobre hymne à la culture loin de l’agitation des métropoles conçu par,  RCR,  tiens tiens, derniers Pritzkers en date. Son équipe suit l’actualité… Jean-Luc Mélenchon cite le projet d’habitat participatif Coop Colette (Atelier 15) à Vitry sur Seine. Alors que François Fillon  -qui est d’ailleurs le seul à donner le nom de l’architecte, Massimiliano Fuksas- a apprécié le bâtiment de Pierrrefitte abritant les archives Nationales. Et Vive la France !

Les réponses détaillées des candidats interrogées par l’Architecture d’Aujourd’hui ici Benoit Hamon n’a pas donné suite. Marine Le Pen n’a pas été sollicitée par la revue.

Cette entrée a été publiée dans Bavardages, Hors les murs, Murs/murs.

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commentaires

2 Réponses pour La ville, un bon sujet de campagne… Les réponses de 3 candidats à l’élection présidentielle.

la vie dans les bois dit: 5 avril 2017 à 20 h 40 min

Merci pour cet excellente chronique.
Parmi cette densité du sujet, peut-être revenir sur les promoteurs privés, qui font l’objet d’une question relative à leur responsabilité vis à vis de la qualité architecturale des villes  » durables ».
C’est un concours ( encore un) récemment décerné, par une organisation professionnelle, la FPI, qui fait un peu mieux connaître l’engagement pris par certains et redonne un peu de crédit à cet acteur, comme personne morale. Un acteur qui a acquis historiquement un rôle social, du moins après guerre(s).

Ces promoteurs se disent  » créateurs ». La création vue dans le sens logistique, ex-nihilo.
Pour autant, ce ne sont pas des des artistes, là où ils doivent maîtriser une économie de projet, celle de l’offre et de la demande. L’intervention d’un architecte dans les permis d’aménager des nouveaux quartiers, des territoires, des éco-quartiers est de fait une nécessité. Pour être sûr que cela ne devienne pas le village enchanté mondialisé de Pikachu, il faut faire entrer Numerobis dans la SCI ^^

« ville durable » est un vilain mot, pour dire: concept environnemental basé sur un rapport à la consommation d’énergie, qui recouvre aussi le caractère éphémère et recyclable.
Et c’est avec avec ces concepts d’idéologues, que l’on fait des hommes, des locataires, hors sol.

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