de Catherine Sabbah

en savoir plus

La république de l'Architecture

La tour Albert un Monument historique encore jeune

«Aimeriez-vous habiter au premier étage de la tour Eiffel?», pouvait-on lire dans le Figaro du 23 janvier 1959. «Aux Gobelins, vivez au-dessus du bruit, en plein ciel.». Dans les années 60, le premier gratte-ciel d’habitation de Paris se dresse en retrait de l’alignement au n°33 de la rue Croulebarbe, petite voie sinueuse et pavée inattendue entre les grands boulevards et les avenues tracés à la règle du 13ème arrondissement.  La tour de 23 étages sur 67 mètres de haut conçue par Edouard Albert qui lui a laissé son nom, Robert Boileau et Jacques Henri Labourdette s’inscrivait dans le projet de requalification du quartier de la Bièvre. En 1955, l’architecte voyer Adrien Brelet prévoyait de gommer un dénivelé de 15 mètres en reliant la rue Croulebarbe à l’avenue de la Sœur Rosalie située au même niveau que la place d’Italie. Il imagine alors un gigantesque escalier, puis une esplanade traversant un bâtiment vertical séparé en deux parties par une terrasse publique. Le projet d’Albert est dans la ligne : la liaison urbaine n’a jamais vu le jour, car  les premiers habitants comme la RATP  propriétaire voisin s’ opposèrent à sa construction, mais la terrasse est bien là, qui coupe l’immeuble en deux d’un épais trait de lumière. Son plafond peint par Jacques Lagrange ne profite à personne. L’espace public a toujours été fermé.

La césure sert en tout cas à révéler la structure étonnante de la tour. Des poteaux périphériques en tubes d’acier creux de 21,6 à 19,1 cm remplis de béton, se succèdent,  de ses pieds à sa tête, sur lesquels reposent les planchers de béton armé. L’ossature rationalisée à l’extrême autorisait préfabrication, montage efficace, passage des réseaux et offrait surtout des plateaux quasi libres pour le cloisonnement. Cette belle mécanique se révèle en une façade où alternent des panneaux opaques recouverts d’inox et les fenêtres posées sur des allèges translucides que beaucoup d’habitants ont remplacées par des vitres classiques pour ne pas couper la vue. Les six premiers niveaux sont occupés par les caves, les parkings et à l’ouest par trois ou quatre appartements. Au-dessus de la terrasse du 6e étage, les plateaux de 620 m2 sont divisés en six appartements, tous avec double ou triple vue vers la tour Eiffel, le Sacré Cœur ou Notre Dame. Inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1994, la tour, en piteux état, a fait l’objet en 2005 d’une restauration minutieuse conduite par l’architecte Gorka Piqueras.

En 1960, c’était l’Amérique et l’ultime image de la modernité pour ceux qui achetèrent en sur plans, un nouveau mode d’habiter, dans une tour de métal sans murs porteurs, chauffage par le sol, ascenseurs rapides, parking et garages fermés, pas de vis-à-vis et vue sur tout Paris. La «tour des snobs» fut envahie par les universitaires: c’était près de la Sorbonne et moins cher qu’ailleurs. Inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1994, la tour, en piteux état, a fait l’objet en 2005 d’une restauration minutieuse conduite par l’architecte Gorka Piqueras et les travaux de rénovations ont donné lieu à d’épiques combats entre deux factions de copropriétaires, comme attendu, ceux qui souhaitaient la garder « dans son jus », ceux qui préféraient la moderniser,  l Même si l’Inox a souffert, au soleil, la tour renvoie de beaux rayons. Par temps chaud, sa façade prend un singulier relief formé par les ouvrants qui se poussent, à l’anglaise, vers l’extérieur. Ce gratte-ciel qui semble surgir d’une rue encore plantée de petites maisons étonne encore. Aujourd’hui inséré dans la ville qui a poussé tout autour, il vit bien et ferait taire tous les zélotes de la fronde anti-tour. Certains des pionniers sont encore là, de nombreux architectes ont remplacé les partants.

La façade alterne des panneaux opaques recouverts d’Inox et les fenêtres posées sur des allèges translucides. Les six premiers niveaux sont occupés par les caves et les parkings. Sur la terrasse divisée en lots privatifs, des solariums sont accessibles par des escaliers escamotables installés dans les appartements du 21e étage ou par les ascenseurs.

 

Cette entrée a été publiée dans Retours.

3

commentaires

3 Réponses pour La tour Albert un Monument historique encore jeune

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*