de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
La tour la plus haute du monde clouée au sol

La tour la plus haute du monde clouée au sol

C’est en Chine évidemment,  A Changsha dans la province de Hunan que devait être érigée la tour la plus haute du monde.  Sky City Tower, la bien nommée, aurait regardé de haut, 10 mètres à peine, mais quand même, le monument inauguré en 2010, à Dubai, Burj Khalifa, détenteur du record mondial de hauteur avec 828 mètres.

Record de taille, record de vitesse aussi. Car non content d’annoncer qu’il allait dominer le monde, son constructeur,  le groupe Broad  Sustainable Building  avait promis qu’il le ferait en moins d’un an, soit 5 fois plus vite que le totem des émirats qui portant n’avait pas trainé. A Dubai, les chantiers ne s’arrêtent pas la nuit sauf en cas de crise financière mondiale.

Info ou intox?  En 2012, cet entrepreneur avait construit un immeuble de 29 étages en quelques semaines, en empilant des modules préfabriqués, transportés par camion depuis ses usines et déjà équipés en arrivées d’eau et d’électricité. Théoriquement, ce système de « plug and play » permet d’emboîter les étages avant de les enfermer dans une couche d’isolant puis d’ajouter les murs et les vitrages.

L’ambitieux M. Zhang, déjà propriétaire d’une pyramide dorée de 30 mètres de hauteur et d’une réplique du château de Versailles, avait donc cette fois décidé de créer une ville verticale d’un million de mètres carrés, susceptible d’accueillir 30.000 habitants, dotée de toutes les commodités attachée à une collectivité de cette taille. Quelque 4500 appartements, de la place pour 10.000 emplois de bureaux, un hôpital, des écoles, un opéra, des fermes pour produire des légumes, des parcs, des commerces bien sûr, des équipements sportifs et une route longue de 10 kilomètres menant du sol au 170ème étage, à trente niveaux du sommet. « Du berceau à la tombe à l’exception du crématorium », disait son promoteur. Il reproduisait là les rêves d’aujourd’hui et les utopies d’hier des villes à la campagne, en cultivant l’idée de préserver l’environnement, d’éviter l’étalement urbain en concentrant toutes les fonctions de la vie dans un même immeuble dont ses habitants n’auraient quasiment plus besoin de sortir. En 1956, l’architecte américain  Frank Lloyd Wright avait bien dessiné la « Mile High Tower » et il ne fut pas le seul à imaginer des tours sans fin…

Il devait bien y avoir du sérieux dans cette histoire, puisqu’en en 2013, le Council of tall building and Urban Habitat, le grand arbitre de la hauteur réunissant tout ce que compte le monde de l’ingénierie et de l’architecture comme experts des gratte-ciel,  récompensait le projet de M. Zhang de son prix de l’innovation.

Las. Malgré une pose de  première pierre très remarquée en juillet, qui annonçait un chantier imminent, les autorités chinoises n’ont pas accordé les autorisations nécessaires pour transformer le rêve. En cause, la solidité du sol, et le risque de tremblement de terre. Si M. Zhang affirme que sa tour aurait pu résister à des secousses de 9 degrés sur l’échelle de Richter, un architecte fait remarquer que la conception modulaire est peu compatible avec la construction antisismique dont l’un des principes réside dans la continuité des matériaux. Plus sûrement, les annonces du gouvernement sur la nécessité d’une production, notamment urbaine, plus « frugale », explique peut-être les lenteurs administratives qui bloquent pour l’instant le projet.

 

 

 

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