de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Hidalgo s’offre un petit casse-dalle à Montparnasse, avant les JO

Hidalgo s’offre un petit casse-dalle à Montparnasse, avant les JO

Yihhaaaaa…. Jusqu’à la gare, la rue de Rennes!! Et au delà… pourquoi pas?  la Ville de Paris n’est plus à quelques années de chantier près, et ici, autour de la tour Montparnasse, ce ne serait pas du luxe. « Il ne s’agit pas de toilettage des espaces publics, mais d’une grande ambition », a déclaré Anne Hidalgo, la maire de Paris, en annonçant, le 9 mars, l’appel à projet pour la transformation du quartier Maine-Montparnasse à cheval sur les VIe, XIVe et XVe arrondissements.

Rien de moins que la démolition du centre commercial de 30.000 mètres carrés et de la dalle qui brise la perspective et rend l’entrée de la tour peu visible Pour baisser la ville d’un cran et retrouver le plancher des vaches, sous l’empilement d’infrastructures qui caractérise le quartier construit entre 1958 et 1973. Construit? Traumatisé plutôt: la tour a été bâtie sur l’emplacement de l’ancienne gare reculée de 350 mètres, qui a éloigné d’autant l’accès aux trains depuis le métro. La nouvelle est flanquée de barre d’immeubles, son parvis est inhospitalier et si enclavé qu’on pourrait rater l’entrée avant de rater son train; le jardin Atlantique, planté sur son toit, tellement caché qu’il est presque toujours vide…  Le carrefour du 18 juin 40 n’a de place que le nom et les différences de niveau rendent le cheminement piéton désagréable voire dangereux. Usant de mots très durs pour fustiger, justement, la brutalité de cet urbanisme de dalle, plus généreux pour les voitures que pour les habitants, la maire promet cette fois «  douceur et  délicatesse ».

Une rue de plus

 Jean-Louis Missika, son adjoint à l’urbanisme et -la suite a son importance ici- au développement économique,  a précisé les grands principes de cette mutation : « le remplacement des commerces autrement et ailleurs, bien sûr ; des droits à construire supplémentaires, pourquoi pas ? En dehors des règles du plan local d’urbanisme, si besoin… ». De là à imaginer, dans le prolongement de la grande artère commerçante qui mène au boulevard Saint Germain, une rue parisienne, bordée de nouveaux immeubles de 50 mètres de hauteur, de logements ou autres… Personne ne trouve l’idée choquante dans l’entourage de la maire, puisque l’environnement est déjà dense et haut… Des toursn, à Montparnasse, il y en a déjà…  Reste à le faire et à le financer: l’EIMM, l’ensemble Immobilier Maine Montparnasse, (soit les 290 copropriétaires de la tour et du centre), paiera la moitié du concours et des études (2 millions d’euros en tout) des quatre équipes d’architectes, d’urbanistes, de spécialistes des réseaux et des usages retenues avant l’été. Leurs propositions seront jugées au début de l’année prochaine. Ensuite, les négociations commenceront. Début des travaux? Assez tôt pour qu’une partie puisse être terminée avant 2024. Pas question que ce quartier touristique et populaire, l’une des portes d’entrée de Paris en tout cas par le métro, soit encombrés de grues pendant les Jeux.

Y avait-il urgence à lancer ce projet dans les cartons depuis des lustres? Autant profiter des travaux de la tour  et  bloquer le quartier, une fois pour toutes,  pendant 3 ans, en faisant tout en même temps. C’est peut-être le raisonnement de la ville et il se tient. Sauf qu’il faudra cacher les gravats pendant 6 mois en 2024… Mais cette annonce, dont la presse a été prévenue la veille, pour laquelle aucun document écrit n’a été communiqué, ressemble une ficelle, un peu grosse, alors que la maison brûle. Attaquée sur les berges, la saleté, le fiasco du remplacement des Vélibs et du stationnement privatisé, Anne Hidalgo a plus d’une tour dans son sac de grands travaux. Et tant que les marteaux piqueurs ne sont pas à l’oeuvre, l’assaut contre Montparnasse, contre le « désastre » du Paris-bagnoles si honni, pour « réparer les erreurs du passé »  pourrait, qui sait, générer de nouveaux soutiens. Il est de bon ton, à Paris, de détester la tour et ses environs meurtris. Pas assez mise en scène sans doute, l’annonce est passée plutôt inaperçue…

La rue de Rennes pourrait courir jusqu'à la gare

La rue de Rennes pourrait courir jusqu’à la gare

Fumée et bruits de chantier

Ça pourrait marcher. Ou ça aurait pu…   A condition de faire les choses à l’endroit, avec « douceur et délicatesse » ET cohérence. Car, justement pour ne pas reproduire de grossières et durables erreurs, mieux vaut respecter l’ordre, important dans le processus de fabrication de la ville:  le projet d’urbanisme précède l’aménagement qui lui-même rend possible les opérations immobilières. C’est ce que l’on apprend à l’école en tout cas…  Or sur le périmètre retenu, soit 9 hectares qui s’étendent  du haut de la rue de Rennes jusqu’à la gare, plusieurs programmes sont déjà en chantier. Et pas des petits…  Chacun a suivi son calendrier et ses priorités: à côté de la Tour qui subira une cure de jouvence par les architectes de la Nouvelle AOM​, (la réglementation sur l’amiante rendait les travaux urgents),  un concours sera bientôt jugé pour le CIT, le bâtiment de 12 étages sur le parvis, qui doit d’ailleurs être cassé, tiens… Mais alors comment faire tenir ce cube si on lui retire son socle?  La gare, dont le trafic de 55 millions de passagers devrait augmenter de 50 % d’ici à 2026, sera rénovée et le promoteur Altarea-Cogedim prévoit d’y développer 19.000 mètres carrés de commerces. Rue du Commandant-Mouchotte, le centre Gaieté ouvrira en 2020. Son propriétaire, la foncière Unibail-Rodamco, y a logé…  30.000 mètres carrés commerciaux, encore des boutiques  . Jean-Louis Missika promet études à l’appui que ce ne sera pas trop… Les commerçants du centre, sommés de baisser définitivement le rideau, et faire leur valiser avant de refaire leurs vitrines, ailleurs, seront peut-être d’un autre avis.

Ni la Ville, ni l’EIMM ne donnent d’indication sur le mode de financement ou le coût de ces travaux colossaux. La Ville n’a pas l’intention d’y mettre un sou. Mais elle  pourra vendre des terrains et des droits à construire et disposera de l’arme atomique: la déclaration d’utilité publique qui lui permettra d’exproprier les éventuels récalcitrants d’une copropriété très éclatée. Pour ensuite remembrer la propriété commerciale dans le giron d’une seule entité ? « Les investisseurs ne sont pas le problème le plus immédiat dans ce projet », dit-on à la Ville. Suivez son regard… Les assureurs AXA, la MGEN et Covea et le fond LFPI  possèdent plus de la moitié de l’EIMM.

 

Cette entrée a été publiée dans Bavardages, Nouveaux bâtiments.

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commentaires

3 Réponses pour Hidalgo s’offre un petit casse-dalle à Montparnasse, avant les JO

Antonio dit: 3 avril 2018 à 20 h 24 min

Merci Lucile pour ce billet général. Concrètement pour demain, aucun train sur la ligne U aucun train sur la ligne N départ Dreux et Plaisir, et 1 train sur 2 à peu près sur la N entre Rambouillet et Montparnasse. Espérons que beaucoup de gens choisiront le télétravail quand cest possible ! Bon courage à tou.te.s !!!!

la vie dans les bois dit: 5 avril 2018 à 19 h 26 min

« Yihhaaaaa…. Jusqu’à la gare, la rue de Rennes!! Et au delà… »

Catherine, c’est un truc littéraire, je ne saurais dire 😉
Hidalgo à la triste figure
« Du beau succès qu’eut le valeureux Don Quichotte dans l’épouvantable et inimaginable aventure des moulins à vent, avec d’autres événements dignes d’heureuse souvenance. »

Merci pour cette belle page.
En attendant une prochaine, don Quichotte aux jeux olympiques.

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