de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Haussmann so smart !! Le baron avait tout bon.

Haussmann so smart !! Le baron avait tout bon.

Pourquoi se casser la tête à inventer un modèle de ville intelligente? Ou  bien aller le piquer à nos voisins allemands ou suisses? Puisque nous avons là,  sous le nez, le meilleur qui soit. Haussmann avait pensé à tout, ou presque !  A très grande échelle, à toutes les fonctions urbaines, en surface et en sous-sol, verticales et horizontales. Densité, mixité, connectivité, mutualisation, adaptabilité, réversibilité… Tout ce jargon récemment «urbanisé» que les architectes tentent, souvent vainement, de réinjecter dans les quartiers nouveaux existe déjà, et pas qu’en germe, dans une ville en pierre, du XIXème siècle, dont 60%, soit quelque 57.000 bâtiments ont été planifiés et bâtis entre 1850 et 1914. Bien avant les chocs pétroliers et le pétrole tout court, avant le développement massif de l’automobile, le métro, l’invention des pompes à chaleurs ou des chaudières à cogénération et le double vitrage, avant le mouvement moderne…

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Franck Boutté (photo: Olivier Namias)

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Umberto Napolitano (photo: Olivier Namias)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’exposition Paris Haussmann, Modèle de Ville,(au Pavillon de l’arsenal, 30 janvier-7 mai) ne ressasse pas les grands travaux du Baron. Des tas de livres le font très bien. Ses commissaires, Umberto Napolitano et Benoit Jallon, les fondateurs de l’agence LAN et Franck Boutté à la tête d’un bureau d’études environnementales ont préféré se détacher du contexte historique. Ils se sont penchés sur le cas de Paris en data scientists plutôt qu’en archéologues. «En comptant plutôt qu’en racontant, en regardant la forme pour comprendre le fond», explique Alexandre Labasse, le directeur du pavillon de l’arsenal(*). Ils ont donc «fait remonter de la data» et rempli leurs ordinateurs de cette masse de données venues de Paris et d’ailleurs : emprise au sol des bâtiments, nombre d’intersections au kilomètre, nombre de mètres carrés de services par rapport au linéaire de rue, nombre et taille des blocs ou, à Paris, des îlots, cette unité  constituée d’une cour entourée d’un ou de plusieurs immeubles.. Le tout dans une dizaine de Villes, de Brasilia à Tolède. Les résultats, illustrés par des cartes, des plans, des diagrammes et des courbes très démonstratifs  ne reflètent guère les impressions des visiteurs ou des habitants. Les photos de Cyrille Weiner  qui ponctuent l’exposition montrent du ciel, des perspectives, de l’air… Personne ne se plaint  à Paris ni d’être oppressé ou enfermé ni de pouvoir marcher d’un point à un autre. Pourtant la ville est bien la plus dense d’Europe et figure dans le top 5 mondial. Un bon point aujourd’hui dans la check-list du développement durable.

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Voilà pour le rez-de chaussée. Montons quelques étages, l’immeuble haussmannien se comporte aussi étonnamment bien au regard des critères actuels de l’adaptabilité ou de la résilience urbaine. Construits pour accueillir des logements, les bâtiments se sont montrés flexibles, supportant toutes les transformations en bureaux et commerces, pour revenir souvent, un siècle après et dans de toutes nouvelles dispositions, à leur fonction originelle. Certains ont été divisés, d’autres ont fusionné. Loués pour leur mixité sociale exemplaire, ils proposaient surtout une hiérarchie bien comprise: au dessus des étages dits nobles, les communs plus ou moins aménagés, accessibles par l’arrière et sans ascenseur, abritaient les employés de maison, leur permettant au moins d’éviter les longs trajets. Ces étages, réaménagés offrent aujourd’hui les plus belles vues et parfois la possibilité d’ajouter une terrasse. Ouverts sur des cours, les bâtiments, minces, sont traversants, éclairés naturellement jusque dans les parties communes et bien ventilés (la réflexion hygiéniste n’était pas absente des objectifs du Préfet de la Seine). Le confort thermique est servi par la mitoyenneté et l’inertie de la pierre massive… A condition tout de même de remplacer les fenêtres et de ne pas habiter sous les combles.  La liste est longue des avantages de ces immeubles «de rapport» destinés à être mis en location et construits peu ou prou selon les même modèles. Se retrouvent ainsi décrits une série d’éléments génériques (les Fondamentaux? ) dont l’alignement,  le gabarit,  la façade,  les fenêtres, les balcons, les portes d‘entrées a priori répétitifs. Leur répétition pourrait être monotone. Elle offre au contraire à Paris, sa grande harmonie.

Qu’a-t-on perdu en route? La ville haussmannienne et la ville «moderne» se contrarient presqu’en tous points: ilots denses mitoyens et mixtes contre  blocs isolés, trop épais pour offrir deux orientations à un même logement, loin parfois des transports en commun, mono-fonctionnels et destinés à le rester… Faut-il  blâmer une idéologie, une organisation politique et administrative dominée par les ingénieurs des ponts, bon nombre d’architectes  aussi, pressés de tourner le dos au passé? Les avancées techniques?  Les historiens de l’architecture savent bien expliquer l’urgence de la reconstruction,  l’expérimentation de nouveaux matériaux, les perspectives offertes par la voiture et les débuts de l’étalement urbain… Tout comme l’attrait pour la banlieue puis, des années plus tard, à nouveau pour les centre-villes devenus trop chers et  fermés aux plus modestes faisant de la mixité le nouveau Graal des collectivités.

Mais Cela aussi c’était… avant. Que dire des prescriptions les plus récentes? Des concours Lépine d’architecture qui habillent les nouveaux quartiers de prototypes colorés, hirsutes et bientôt boursouflés de verdure ? Pris dans un rêve écologiste, nombre de villes et d’architectes se sont laissés emporter par une mode contemporaine qui ne deviendra jamais moderne. «Le balancier est sans doute parti trop loin dans l’autre sens, espère Umberto Napolitano, les choses sont en train de se rééquilibrer. Tous les architectes ne se lancent pas dans ces concours de beauté». Les derniers projets de Réinventer Paris ne lui donne pas tout à fait raison et Franck Boutté le sait bien qui tente de rendre écologiquement viables plusieurs d’entre eux . Ils ont le mérite de réintroduire la mixité… à tout prix même. A Lyon en revanche, la seconde phase de Confluence, imaginée par les Suisses Herzog et de Meuron semble un peu moins débridée que le bout de la presqu’île.
L’exposition décortique un génial système dont les vertus n’étaient sans doute pas toutes prévues, propose un catalogue d’outils réutilisables, de précieux jeux de données… Aux architectes de s’en emparer. Que ferait Haussmann aujourd’hui? Probable qu’il  se retournerait dans sa tombe, mais juste après?  Un téléphérique?  Des fermes urbaines?  Des véhicules autonomes… ?  Le Pavillon de l’Arsenal propose un hackaton étudiant pour imaginer en 48h le Paris de demain et inventer Haussmann 2.0.

(*) catalogue Haussmann éditions du pavillon de l’arsenal, 39 euros

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commentaires

3 Réponses pour Haussmann so smart !! Le baron avait tout bon.

christiane dit: 11 mars 2017 à 9 h 13 min

Oui, excellent billet. Assez impressionnant cette sorte de catalogue où étaient répertoriées ces façades d’immeubles haussmanniens (même architecture froide – choix limité de ferronneries pour les balcons – toits) ce qui fait que l’on se sait à Paris rien qu’en voyant une photo d’immeuble. Le préfet de Napoléon III a été terriblement efficace mais pas poète, ni artiste. Dix-sept années de démolitions incessantes (oh la la, que de poussière et de bruit ! et exil des plus pauvres et des petits commerçants…)et de constructions, apparitions des boulevards (Je pense aux toiles de Caillebotte), des rues rectilignes, un peu ennuyeuses (finies, les barricades du Paris populaire!) et d’espaces verts dont les bois de Boulogne et de Vincennes et les parcs (Monceau – Montsouris – Buttes-Chaumont…), construction du réseau d’égouts. Mais, précieuses images devenues archives des plans de la ville avant son passage, de photos, de gravures… précieuses photos aussi des travaux dont une marquante du carrefour Richelieu-Drouot après les démolitions d’Haussmann.
S’imaginer aussi l’embarras des rues de Paris avant ces grandes trouées et le temps qu’il fallait pour traverser Paris, ville surpeuplée, sombre, mal éclairée, avec ses rues étroites, humides et tortueuses, sans eau courante, souvent.
Joie, d’aller marcher dans ces vieux quartiers de Paris où il n’est pas passé ou remettre des images du passé sur l’écran de la ville moderne (Saint-Germain-des-Prés, Le Marais…). Une autre ville était là… avec ses maisons ventrues, délabrées, de guingois. Nostalgie… même si George Sand adorait flâner sur les grands boulevards.
Mais après lui, de nouveaux grands travaux seronnt engagés : le marché des Halles, le pavillon Baltard, la tour Montparnasse sur l’ancienne gare… heureusement, Orsay deviendra musée !

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