de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Et paf, un parpaing!

Et paf, un parpaing!

Michel Cantal Dupart n’est jamais loin  lorsqu’il s’agit de (gentiment mais bruyamment) mettre un peu de désordre. Lors de la seconde célébration des Parpaings d’or, vendredi 17 janvier, il était maître de cérémonie à deux titres. Concurrent pour la plus belle moustache de la profession, il est aussi le généreux prêteur de la Péniche Louise-Catherine qui a accueilli la fête, au 50 quai d’Austerlitz à Paris. « A voir la moyenne d’âge, je sens que ce lieu va revivre et qu’on va bien se marrer« , a commencé le trublion, après avoir raconté l’histoire de ce vaisseau construit pendant la 1ere guerre mondiale, en ciment armé, par manque de ferraille, puis utilisé comme foyer d’hébergement par l’Armée du Salut.

 Image : © PFRunner

Sur la péniche Louise Catherine, la crème de la jeune et moins jeune architecture (image: PFRunner)

 

 

Il a vite passé le micro au vrai « papa » des parpaings, @jo-Delb, Jérôme Olivier Delb architecte, journaliste, blogueur et blagueur. Son antre,  l’Abeille et l’architecte, porte le nom d’un livre de François Mitterrand, il a piqué sa devise à Clemenceau et adore balancer des citations qui vous clouent le bec, en 140 caractères si possible. Difficile de dire quelle cause, de la politique ou de l’architecture, lui inspire ses meilleures joutes verbales. Pourfendeur de toutes les atteintes à la laïcité et plus généralement à la République, défenseur d’une profession à qui il semble reprocher ses dérives mercantiles, il a le mérite de savoir râler en rigolant ce qui rend ses leçons de morale souvent désopilantes. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même (ah non pardon, nous avons tous voté…), lui est revenu Le parpaing d’or 2013 de l’architecte qui, par dépit, cynisme, incompétence, opportunisme, lâcheté ou réel talent – voire l’ensemble – a trouvé plus simple de devenir journaliste pour pouvoir dézinguer ses vieux confrères en toute fraternité et dragouiller ses jeunes consoeurs en leur faisant miroiter d’invraisemblables et mirifiques publications dans de grands hebdomadaires de la presse professionnelle que-le-monde-entier-nous-envie (ou un petit blog)« 

Le prix des « Gérard de l’architecture » rebaptisés après une accusation de plagiat et un puissant brain storming, (car les Gérard authentiques décernent aussi des parpaings c’est à n’y rien comprendre), fait partie de ses blagues de potache. Car enfin qui est-il pour juger? Pour fustiger le mauvais gout, le mensonge, les projets médiocres ou grandiloquents, les égos surdimensionnés…? Un architecte censé pouvoir jauger quelque pratique. Un observateur. Et surtout, comme nous tous, un citoyen des villes confronté tous les jours à une architecture que ses auteurs nous donnent à voir, à habiter, à apprécier, à admirer, à détester… Quel meilleur poste de guet pour donner son avis sur la vie en ville?

En 2013, les Gérard de l’Architecture ont changé de nom. Et c’est tant mieux. Avec les Parpaings d’0r au moins on sait de quoi et à qui on parle. Ces petites statuettes dorées à poser sur un bureau sont du meilleur goût et promises à une notoriété certaine: avec 30.000 pages vues et 30.000 votes, le cru 2013 doit pouvoir  rivaliser, en termes de légitimité démocratique en tout cas, avec bon nombre de scrutins professionnels, grands et petits prix, quelques élections locales sans doute aussi.

18 prix ont été décernés ce 17 janvier. Leur seul défaut? Des intitulés beaucoup trop longs (aux détails hilarants), pour être tous ici détaillés. Les catégories ont changé, la liste de 2013, peut-être plus drôle, touche un peu moins juste. L’abeille piquait plus fort il y a un an. Il ne faudrait pas que son dard mollisse avec l’âge ou la proximité grandissante de l’establishment…

Cantal n’a pas gagné le prix des plus belles bacchantes car Lionel Carli, le président de l’ordre des architectes, battu aux élections de décembre lui a ravi ce titre, « un au moins que ma remplaçante Catherine Jacquot n’aura jamais« . Le ton était donné. Benjamin Colboc a remercié toute sa famille pour le parpaing d’or de l’architecte qui s’appelle Colboc. Dominique Jakob croulant sous les trophées, (3 parpaings c’est presqu’un mur!), a promis de faire sponsoriser la soirée 2014 par Pernod-Ricard puisque son troisième titre était celui du « parpaing d’or 2013 de l’architecte qui malgré ses concours, ses projets, ses chantiers, la gestion de son agence, ses livres, ses conférences, son conjoint, ses gosses, ses vernissages, ses expositions, ses diners en ville trouve encore du temps pour faire du design de bouteille ». Camille Besuelle, Nathalie Couineau, Mathilde Jauvin avaient apporté leurs clics et leurs calques pour récupérer le prix « de l’architecte qui a trouvé un nom super chouette, décalé, branché pour son agence quand il avait 25 ans mais qui n’a pas pensé à quand il aurait 55 ans face à un maître d’ouvrage qui ne trouve plus ça très drôle« , et verront bien quand elles auront l’âge de se poser la question. Enfin l’agence Paindavoine-Parmentier était représentée pour l’architecte « qui pourra toujours se reconvertir dans la restauration rapide si jamais c’est trop la crise tellement son nom il creuse l’estomac »…

Voilà pour les présents. En l’absence de Rudy, le Ductal d’or devra être envoyé à Bandol par la poste et à ses frais. Le prix attribué à Aurélie Filipetti, « qui bien qu’elle soit en charge de l’architecture s’en tamponne le coquillard et a laissé détruire des œuvres architecturales majeures », devrait lui être remis par Jérôme Delb, lors de la soirée de l’Equerre d’Argent, le 21 janvier à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Saura-t-il  profiter de cette cérémonie fort courue pour récompenser aussi Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (Sanaa) lauréats, après le Pritzker et l’Equerre, du parpaing d’or de « l’architecte étranger qui vole le bon pain des architectes français que tu te demandes si c’est nous qu’on est nul ou si c’est eux qui sont bons », s’il a le temps d’énoncer le titre en entier et en japonais, avant de se faire sortir, sans doute et sans douceur, par les vigiles de la ministre ou du Moniteur. Quant à Nicolas Michelin…  Reconnu comme  « l’architecte qui se dit qu’il a des burnes suffisamment grosses pour signer un PPP avec Vinci, Bouygues ou Eiffage mais qui finalement les ramassera, comme les autres, à la petite cuillère parce que, faut pas rêver, avec le service juridique d’une agence d’architecture on n’arrive déjà pas à casser le contrat de son photocopieur », il aurait mérité de recevoir sa récompense lors d’une visite de presse de Balard, lundi 20 janvier. Vu son état d’intense stress sur ce chantier titanesque mené à une allure de TGV avec casque et gilet orange un peu engonçants mais obligatoires, de bonne âmes ont considéré qu’il n’apprécierait  pas forcément cette juste reconnaissance. Et ont évité de la lui remettre, de peur de se prendre un parpaing en pleine gueule.

 

 

Cette entrée a été publiée dans Bavardages, Hors les murs.

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commentaires

7 Réponses pour Et paf, un parpaing!

@jraoul dit: 21 janvier 2014 à 0 h 34 min

Tout est dit.
Pour la mise en garde sur la mollesse du dard de l’abeille cette année, je crois que toute la #teamarchi lui a fait plus ou moins savoir qu’il fallait se ressaisir, et qu’intégrer des categories plus venimeuses serait bienvenu pour assurer le succès dans le temps…
(Sans parler du catactère très parisien des nominations…)
Allez JOD, on t’aime bien quand même !
#oupas

Polémikoeur. dit: 21 janvier 2014 à 15 h 10 min

Du ciment qui flotte ?
Comme deux ports artificiels
traversant la Manche en 1944 ?
Un trophée pour une architecture
et un urbanisme tristes à pleurer
à une adresse qui méritait mieux ?
L’avenue de France à Paris :
un courant d’air, rien !

des journées entières dans les arbres dit: 28 janvier 2014 à 7 h 53 min

Polémikoeur, rien ne vous déride.
Le lancer de parpaing est un sport salutaire.
J’adore celui-là:

« Le « Gérard » de l’architecte qui te dit que t’es (toi l’architecte, le journaliste, l’attaché de presse, etc.) une raclure de bidet vendu à Bouygues et à Vinci, et que tu lui casses les couilles, et que tu peux aller te faire foutre, toi le crypto-stalinien de mes deux, néo-fasciste à la botte du Cstb et de la HQE… »

Polémikoeur. dit: 29 janvier 2014 à 3 h 48 min

Une journée entière dans les arbres de l’avenue de France, chiche ! Non, même pas, les avortons végétaux hors sol n’y résisteraient pas ! Quant aux parpaings chatouilleurs, comment dire ? Antinomickeymoussement.

des journées entières dans les arbres dit: 29 janvier 2014 à 20 h 12 min

Polémikoeur, il faut encourager cette compétition.
J’ai un faible pour celui-là:
« Le parpaing d’or 2013 de l’architecte qui te fait une super perspective que t’as l’impression que c’est Star Wars, Star Trek et un fenouil réunis mais qu’en vrai, t’as juste en envie de leur dire de lâcher leur logiciel 3D ( et de retourner à la planche à dessin), non parce que là, ça fait peur aux enfants »

(vous avez vu émerger l »Iceberg  » ?)

Wilhelmina dit: 15 mai 2016 à 1 h 26 min

Count me in, Shellie! I’ll be sending an order your way immediately! LOVED the American Son CD you sent. I think I actually sighed upon hearing Mary&t#8217;s voice again. It was like hearing an old, beloved friend. It just felt so good! Anyway … finding Marty and you here and having access to his music once again is great. How Marty’s amazing talent and voice slipped through the cracks … I’ll never understand.

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