de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
DVVD franchit le periph’

DVVD franchit le periph’

Des abords plantés, des passages piétons, des escaliers en pente douce, peut-être des feux rouges… Le brutal anneau du périphérique, se muera un jour en boulevard urbain. Mais pas tout de suite. La nouvelle passerelle qui l’enjambera bientôt entre le boulevard Macdonald dans le 19e arrondissement à Paris et le parc du Millénaire à Aubervilliers, a donc, au-delà de sa fonction première, une triple vocation : signaler ce changement de paradigme aux automobilistes, offrir un panorama inédit sur la ville moderne tout en protégeant les piétons de la violence en trois actes, bruit, vitesse, pollution, qui se joue six mètres sous eux. Souple et léger comme un pied de nez à ces nuisances, l’ouvrage franchit, en une courbe élégante et d’un seul pas, les 55 mètres qui séparent la capitale de sa banlieue. Sa forme en arc rompt la monotonie de la traversée. De chaque côté, des escaliers aux larges marches l’arriment au sol. Des rampes à faible pente forcément plus longues, pour les personnes à mobilité réduite, les vélos ou les poussettes, zigzaguent dans ce qui préfigure la « forêt linéaire ».

Au sud, la passerelle prend son élan depuis la rue Lounès-Matoub et le parvis du futur cinéma, de la ZAC Claude Bernard, un nouveau quartier desservi par le tramway. Au nord, elle atterrit dans le parc du Millénaire, ses bureaux et surtout son centre commercial rendu soudain plus accessible par cette nouvelle voie stratégique pour tout le secteur aménagé par la Semavip. «C’est un projet urbain avant d’être un objet de design ou d’architecture, explique Daniel Vaniche architecte et ingénieur qui dirige l’agence DVVD lauréate du concours. Une rue ou la prolongation de celles qui existent, un élément de maillage du territoire, une continuité spatiale et visuelle. » Pas de toit donc ni de garde-corps enveloppants comme l’exigent, pour des raisons de sécurité, les ouvrages surplombant les voies ferrées. La structure même de la passerelle fait office de protection. Pour affiner la silhouette du pont et alléger sa facture évaluée à 5 millions d’euros, les deux arcs tridimensionnels encadrant la poutre horizontale et le tablier sont métalliques. Mais ils disparaissent dans une résille de bois au platelage évolutif dont la texture et la couleur rappelleront les matières et les tons de la « forêt » à venir. Au milieu du périphérique, les garde-corps sont plus hauts, les lattes plus resserrées obstruant les vues angoissantes sur la circulation. Au plus près des rives au contraire, disposées de façon asymétrique, les protections s’abaissent, la résille se fait plus lâche pour laisser passer les lumières de la ville et son paysage. Un système de LED ou de tubes à basse consommation éclairera intérieur et extérieur.

L’ouvrage devrait être installé d’ici à dix-huit mois. Il ne disposera que de peu de temps pour rompre durablement un isolement de quatre décennies. Une petite nuit devrait suffire à monter la structure légère étudiée pour. Car il n’est pas pensable d’interrompre plus longtemps la course folle du périphérique.

Cette entrée a été publiée dans Ouvertures de nouveaux lieux, Portes ouvertes sur…, Visites.

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commentaires

2 Réponses pour DVVD franchit le periph’

Pergame dit: 11 octobre 2013 à 18 h 44 min

Daniel conjugue avec talent design et technique a l’échelle de l’objet urbain (batiment ou ouvrage d’art). Il fait partie des passeurs entre le monde de l’architecture et celui de l’ingenierie. Chapeau !

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