de Catherine Sabbah

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La république de l'Architecture
Allo, allo, ne nous quittez pas…

Allo, allo, ne nous quittez pas…

Elles font partie du paysage de nos villes. Et de nos campagnes. L’une de ces petites construction se dresse parfois, incongrue, mais familière,  toute en verre et métal, au coin d’un champ ou d’un chemin de terre et une sonnerie retentit… De plus en plus rarement. Regardez-les bien car elles vont disparaître. Si l’Assemblée Nationale se montre aussi peu nostalgique que le Sénat, leurs jours sont comptés. Un article de la loi Macron vient de confirmer ce qu’avait annoncé Axelle Lemaire la secrétaire d’Etat au Numérique, il y a quelques mois, « les cabines téléphoniques ont vécu ».C’est peu dire: entre 2000 et 2013, leur opérateur Orange a constaté 95 % de décroissance des usages… Usage, mais lesquels au fait? Courir s’y abriter de la pluie et des regards et serrés l’un contre l’autre, s’y embrasser… Y faire halte, y trouver un toit faute de maison…, y stocker des affaires? Il y a bien longtemps que les cabines téléphoniques ne servent plus à téléphoner. Parfois encore à y attendre un appel qui vient de loin. Ou en dépannage lorsque les portables ne captent pas un réseau inexistant ou capricieux. Ou qu’ils sont déchargés…

Les 62.500 publiphones encore debout (contre 300.000 à leur âge d’or en 1997) sont utilisés chacun moins d’une minute par jour. Le chiffre d’affaires de 516 millions d’euros est tombé à…12. La question que se pose Orange, leur  propriétaire, est donc simple: qu’en faire? L’entreprise a déjà démantelé une bonne partie de son propre parc, mais ne dispose pas, à son aise,  des cabines du « service universel »  installées dans les années 90. A l’époque,  être choisi par l’Etat  permettait de financer leur déploiement  via un fond abondé par les Français, mais imposait quelques obligations, dont celle d’en installer deux dans les communes de plus de 1000 habitants. Ce parc-là serait à 95 % obsolète et inutilisé. Mais jusqu’en février 2014, le groupe ne pouvait rien faire, la loi lui imposait de le maintenir sous respiration artificielle. Avant de débrancher ces derniers specimens, il faudra tout de même vérifier qu’ils ne régnent pas sur des  zones blanches, aux confins des secteurs couverts par les opérateurs de mobiles. Il reste en France quelques poches isolées -ou faudrait-il dire préservées- où il est encore possible de vivre non connecté.

Les regrettera-t-on ces repères urbains, ces lieux de rendez-vous en face-à-face ou aux deux bouts d’une ligne ? Ces abris précaires que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Où leurs aînés ont discuté des heures, parlé du beau temps, annoncé leurs exploits à des parents lointains, ri et pleuré, cherché fébrilement des pièces dans leurs poches pour éviter la coupure  ou pesté contre la carte dont le crédit s’épuisait trop vite? Certains avaient vue sur mer… Taggés, brulés, squattés, la plupart ne donnent plus envie d’en pousser la porte. N’y aurait-il pas moyen d’en garder quelques uns? Ailleurs qu’au musée?  De trouver un nouvel usage à ce mobilier urbain quasi identitaires comme les rouges « K » britanniques ?  Dans tous les pays, les cabines ont connu des destins divers. Il y a quatre ans, à titre expérimental, Orange en avait transformé quelques-unes en espaces multimédia avec écran tactile permettant de surfer sur Internet.  « Pas de modèle économique », déplore l’opérateur. Très apprécié, le service a, de fait,  été déserté le jour où il est devenu payant… Défibrillateur en Ecosse, distributeur de café à Brighton en Angleterre… A Lyon pour la fête des lumières, un artiste en a fait des aquariums éclairés. A New York et en Allemagne, un petit bricolage les a transformées en  bibliothèques de rue, où qui emprunte un livre en dépose un autre à sa place.  Confrontées à la concurrence implacable du mobile, elles pourraient pourtant lui servir de relais lorsqu’il manque un peu d’énergie…  A Istambul, des totems chevelus, hérissés de toutes sortes de câbles aux embouts divers permettent de recharger ses batteries moyennant un petite pièce. Simple et pratique. A Londres et à New York, certaines cabines servent de borne wi-fi:  s’enfermer dans un « payphone » pour téléphoner avec son portable… intéressante rencontre spatio-temporelle. Toutes les cabines des villes devraient être démontées à la fin de l’année, celles des espaces fermés comme les gares et les aéroports bénéficient d’un sursis de 12 mois. Artistes, start-upers et nostalgiques, passez-vous un coup de fil pour leur filer un coup de main.

 

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commentaires

6 Réponses pour Allo, allo, ne nous quittez pas…

ueda dit: 30 avril 2015 à 13 h 34 min

Ah ! les cabines téléphoniques sont définitivement associées pour moi à certains souvenirs sexuels (quelquefois fantasmés et onanistes, je le confesse) qui me font encore pâmer… et rougir.

Les combinés de ma jeunesse…

JC..... dit: 5 mai 2015 à 9 h 01 min

Disparition inévitable de ces guérites guerrières de la communication… Normal !
(on n’oubliera pas les photos de ces jeux de cons où il fallait rentrer le plus grand nombre de rieurs dans la cabine … ou dans des Volkswagen poussives !

Polémikoeur. dit: 11 mai 2015 à 9 h 19 min

Des serres urbaines, voire des cabines de luminothérapie,
des ascenseurs sans étages, des stations-service piétons
(lavage, séchage, cirage, brossage…), des filtres
à microparticules…

Polémikoeur. dit: 13 mai 2015 à 18 h 25 min

Des cellules pour les impatients (obligés,
immobiles, à regarder bouger la foule
autour d’eux) ?

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